





La pile de livres est en face de moi, comme d’habitude, j’hésite entre plusieurs d’entre eux..
Il n’est pas épais, le thème en est léger, le texte aéré…
C’est avec lui que je vais passer mon après-midi.
Allez hop, à l'intérieur du sac dans lequel je vérifie que j’ai aussi des mouchoirs en papier, des lunettes et un stylo.
Sur la plage, il n’y a personne. Je ne serai pas dérangée dans ma lecture.
Le sable est frais sous mes pieds nus.
Après avoir installé le drap de bain à l’exacte limite entre le sable mouillé et celui tout sec dont je viens, je m’assieds.
Non, pour être tout à fait précise, je ne suis pas à l’exacte limite entre les deux sables, car c’est une frange de varechs qui les délimite.
Dans un premier temps, je profite du spectacle des vagues, le livre posé à côté de moi, puis, je prends le livre sur mes genoux, je l’ouvre, et avant de commencer à lire, je ne regarde plus la
mer, mais la plage.
Des milliards de grains minuscules me cernent, même en me concentrant sur un centimètre carré, ils sont tellement nombreux et si différents.
Je passe doucement le doigt sur eux, j’aime cette sensation des grains qui roulent ou résistent. Ils sont doux, et pour la plupart, d’un jaune très pâle.
Tiens, il y en a un qui est tout rond, d’une taille appréciable comparée aux autres, et d’un blanc translucide. Si j’observe attentivement alentour, je peux en trouver d’autres.
Je repose le livre ouvert sur la serviette pour vérifier cette déduction car ce sont mes préférés.
Le geste automatique est revenu, je les ramasse et les mets sur un coin de serviette. Avec la pulpe du doigt, je fais glisser doucement les grains dans un mouvement circulaire, et lorsque j’en
vois un de ceux que je cherche, je le coince délicatement mais rapidement pour le séparer des autres.
C’est une opération délicate, car il m’est déjà arrivé d’en voir un s’enfoncer avec le sable glissant des bords de la petite cuvette que j’avais creusée, à cause de ma précipitation. En
général, ils sont au dessus, car ils sont plus lourds, et peut-être aussi pour que la fée puisse profiter de la lumière…
Lorsque ma fille était petite, je lui avais mis un de ces grains translucides dans un tout petit coffret à bijoux sur un bout de coton rose.
A cause de son opalescence, elle avait tout de suite pensé qu’une fée y était enfermée, et l’avait gardé précieusement en lui parlant parfois.
Je crois que je ne suis pas loin d'y croire moi aussi.
Il m’en faut beaucoup.
Pourquoi ? « Parce que » comme disent les enfants.
J’ai maintenant un beau petit tas de ces grains à côté de moi.
Je vide alors l’étui de mouchoirs en papier, et je les mets à l’intérieur afin de ne pas les perdre, car ils sont malgré tout si petits qu’une fois pris dans une couture du sac, je ne pourrai
les récupérer.
Pendant cette récolte, plusieurs fois, j’ai remarqué de minuscules cailloux gris ou noirs, aussi brillants que s’ils étaient encore mouillés.
Je commence donc un autre tas avec eux….
Et puis, un troisième tas de coquillages adorablement petits et nacrés.
Certains sont absolument lisses, mais d’autres ont sur l’extérieur de la coquille des stries prononcées.
Encore plus loin, des morceaux de bois flottés et d’autres, dont je ne sais la provenance, tout noirs et légers…Mais je commence à avoir froid.
Le chant de la mer s’est rapproché, le soleil a décliné, il me faut songer à rentrer.
Je range ma provende au fond de mon sac dans les mouchoirs qui me restent ainsi que mon livre resté ouvert à la même page, mais dont les lettres ont été enjolivées par les gouttelettes de sable
déplacées par le vent.
Ma pause lecture est terminée.